Les Funérailles de Monna Lisa en Coma Blanc

Quelque chose est froid et vierge dans son sourire
Elle se tient sur une passerelle surélevée
Dans son miraculeux moulin

Tu venais d'un monde parfait
Un monde qui m'a rejeté, aujourd'hui
Aujourd'hui, pour s'enfuir

Coma White (Marilyn Manson)

 

C’est la période du Carême en France. Oublions les images sanglantes avec des cris d’agneaux. Maintenant tout est blanc, la lumière des bonnes ténèbres.
Allons-y au Louvre, qui est devenu le nouveau open-space qui accueille la lumière blanche de l’esprit de l’art contemporain. Le porteur de cette lumière est l’artiste peintre chinois Yan Pei – Ming, un descendent, peut–être, du célèbre philosophe Lao-Tseu.
La résurrection de l’art au Louvre dans cette période-ci se fait à travers les Funérailles dans un premier temps; être compréhensifs et obéissants pourrait nous être utile.
Ne vous inquiétez pas, apparemment tout ce cadre d’art tombal est dédié à Monna Lisa de Léonard de Vinci, que vous vous attendez peut–être de trouver dans le polyptique de Yan Pei-Ming. Oh, non, mes bons citoyens, elle reste bien solitaire sur le mur de la pièce d’à côté et elle s’amuse copieusement de cette élégie euro – asiatique.
Bien sûr, l’artiste chinois nous a servi une «transgression », des fausses pistes, des larmes d’ Hollywood.
Comme Monsieur Pinault, le grand Mécène de l’art contemporain, nous l’a dit à l’occasion du vernissage de l’évènement, le peintre Yan Pei- Ming c’est un grande Artiste, un grande Peintre. C’est pour cela, je crois, que la mauvaise ressemblance entre Monna Lisa de Léonard de Vinci et Monna Lisa polyptyque est intentionnée et ce n’est pas une faute de métier. Ceci relève d’une construction académique correcte, mais l’expression de ce personnage est loin d’être exacte, c’est, évidemment, un piège de la part de l’artiste, n’est-ce pas ?
L’expression simplifiée au niveau de l’apparence de Monna Lisa de Yan Pei-Ming laisse penser à la femme de chambre de Monna Lisa, à une femme qui joue le rôle de sosie du vrai personnage et non à la classe du modèle de Léonard de Vinci.

Ce qui est plus étonnant c’est que les deux autres portraits, à droite et à gauche ne sont pas traités de la même manière. Bizarre incohérence. Les portraits dits de l’artiste-même et de son père sont traités d’une manière libre, gestuelle, alors que le portrait de Monna Lisa est peint d’après une recette académique, sans aucune prise de risque.

En ce qui concerne les taches que l’artiste associe aux larmes, cellesci ne sont pas, bien sûr, des larmes. Sa démarche d’une figuration proche de la réalité aurait du exclure la possibilité de définir un élément de sa composition (ces « larmes ») dans un autre type de langage des formes.
Vous connaissez, peut-être, les images pathétiques du Christ dans les icônes des passions où le sang coule sur le visage en-dessous de la couronne d’épines. Donc les larmes invoquées par l’artiste peintre sont plutôt des allusions à cette image iconique du Christ, c’est-à-dire au sang qui coule sous la couronne d’épines.

Si quelque chose se cache derrière tout cela, essayons de le découvrir ensemble : qu’est-que cette allégorie veut dire?
L a Passion de l’art occidentale passée, celui-ci est souffrant, il a besoin de funérailles maintenant. Un art occidental assimilé surtout à un art ancien, dicté par une Eglise dont le Père-Dieu est malade et le Fils-Dieu est mort. L’artiste occidental aussi, en conséquence, n’a plus raison d’exister.
Cette femme en « Coma Blanc » c’est l’art Occidental créé sur le compte des cadavres dans les nombreuses guerres « saintes », guerres dans lesquelles nous ne cessons pas de nous engager, aujourd’hui aussi.

Je me souviens maintenant de la déclaration « Dieu est mort » (« Gott ist tot »), la citation bien connue de Friedrich Nietzsche :
« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ? ». Friedrich Nietzsche, « Le Gai Savoir », Livre troisième, 125.

Le polyptyque de Yan Pei – Ming est une transgression évidente, c’est comme un traité de Gabriel Vahanian, un type de théo-thanatologie visuelle.
En effet, ce projet est un commentaire condescendent à l’adresse des valeurs culturelles européennes, commentaire manquant d’élégance. Mais personne n’observe, paraît-il, les vraies intentions du message ; celui-ci est caché intelligemment dans des clichés de valeurs artistiques contemporaines criés dans les revues d’art les plus pointues.
Pour moi, « Les Funérailles de Monna Lisa » c’est un grand échec métaphysique, un malentendu, une vengeance qui peut laisser entrevoir beaucoup de frustrations, d’une part et de l’autre. Nous sommes dans le coma, le Coma Blanc.

Cornel Barsan